Le feu sous la glace

1 – David contre Goliath

La Terre possède un second soleil en son centre… Ce rapprochement imagé souligne la similitude de la température du noyau terrestre (plus de 5 000 °C) avec celle de notre étoile. Notre planète n’est pas un caillou froid. Cela fait quelque 4,5 milliards d’années qu’elle se refroidit…

Mais alors, où passe cette chaleur ?
Le flux thermique terrestre moyen est d’environ 90 mW/m2
Cela paraît bien insignifiant au regard des 340 W/m2 du rayonnement solaire moyen.

1 pour 3 750 ! On ne joue pas dans la même catégorie. C’est un peu comme si l’on comparait le rayonnement reçu du Soleil à celui de la Voie Lactée. C’est bien inférieur à la précision des mesures. Alors pourquoi s’en préoccuper ?

2 – Une énergie contrainte

À la différence du rayonnement céleste, l’activité tellurique se manifeste concrètement sous des formes spectaculaires : sources chaudes ; geysers ; tectonique des plaques avec son lot de manifestations destructrices comme les tremblements de terre ou les tsunamis.

Les éruptions volcaniques majeures, telles celles du Smalas, en 1257 ou du Tambora, en 1815, ont fortement perturbé le climat. Or, l’activité volcanique représente une part marginale de l’énergie tellurique.

Comme nous l’avons vu dans un article précédent, sur la géothermie de surface, l’énergie solaire réchauffe le sol sur une profondeur décroissante de l’équateur aux pôles. Cette élévation de la température de surface provoque une barrière thermique qui s’oppose au flux tellurique.

De la même façon qu’un barrage ne peut empêcher une rivière de couler, la chaleur tellurique exploitera les failles du barrage, le contournera ou le débordera…

Comme la barrière thermique due au rayonnement solaire est la plus faible aux pôles, les régions polaires sont des portes de sortie naturelles pour le flux tellurique. Les calottes glaciaires s’opposent temporairement à la dissipation spatiale de l’énergie tellurique. Mais, comme les glaçons que l’on met sans un soda finissent par fondre, il est intéressant de voir combien de glaçons le « soda terrestre » peut faire fondre…

Cela se chiffre en milliers de gigatonnes par an : 4 450 GT/an, pour être plus précis. De quoi faire monter les océans de 11,5 mm/an, soit moitié plus que l’élévation moyenne des eaux enregistrée durant l’Holocène…

3 – Amorce d’un scénario

Aussi modeste que soit l’énergie tellurique, comparée au rayonnement solaire, elle apparaît de nature à jouer un rôle important sur le climat.

Le scénario reste à affiner, mais comment expliquer le fonctionnement de la machinerie thermique terrestre sans évacuer la chaleur vers l’espace, si ce n’est en considérant les glaciers et les régions froides comme les portes de sortie ?

Le fond des océans contribue également à la dissipation de la chaleur des entrailles de la Terre. La barrière thermique des eaux de surface oriente le flux thermique vers les eaux froides des régions polaires, participant à l’érosion des frontières glaciaires. Plus les calottes glaciaires sont importantes, plus elles fondent sous les effets du flux tellurique (et plus la hausse du niveau des océans est importante). Quand elles reculent, une plus grande partie du flux tellurique transite alors par les eaux froides dans l’atmosphère et vers l’espace…

Le scénario est compatible avec le rapprochement que la paléoclimatologie a opéré avec la théorie de Milankovitch sur la correspondance des cycles de glaciations et de réchauffements avec les variations de l’orbite terrestre et de l’inclinaison de son axe.

Les flux de chaleurs telluriques ouvrent la voie à un scénario de libération de la Terre de la gangue de glace qui la recouvre tous les cent à cent vingt mille ans. Ils peuvent expliquer la dissymétrie récurrente entre les périodes de refroidissement et de réchauffement, dans un rapport de 1 à 10. Cela suggère un bras de fer entre deux actions opposées, que les variations de l’orbite terrestre peuvent faire basculer d’un côté ou d’un autre…

4 – Comprendre les déséquilibres thermiques

L’objectif de cet article n’est ni de proposer un scénario expliquant l’histoire climatique de notre planète ni de disculper la responsabilité de l’Homme sur l’accélération du réchauffement climatique, au contraire.

Nous ne pouvons rien en ce qui concerne les variations de l’orbite terrestre ni dans l’interaction entre la chaudière terrestre et les glaciers, qui sont sa porte de libération naturelle, mais nous pouvons, nous devons éviter d’accélérer ce réchauffement.

La fonte de la glace ne modifie pas la température de surface (c’est en cela qu’elle joue un rôle de régulation thermique qui rend la planète vivable). Or, la question du réchauffement climatique vient de l’élévation des température des couches basses de l’atmosphère et des eaux de surface, ce qui concerne l’Homme.

Le propos de cet article est d’attirer l’attention sur les phénomènes qui affectent directement notre biotope et, en particulier, l’importance des déséquilibres…

Il importe d’intégrer qu’il n’existe pas d’équilibre thermique. C’est juste une facilité de calculs, un cas d’école, d’une vision spatiale de la Terre. Mais, tout ce qui fait notre quotidien, la pluie et le beau temps, vient de déséquilibres thermiques au sein de notre biotope.

L’Homme appartient à ce biotope. Il en est acteur. Et en cela, il modifie ces déséquilibres. Mieux comprendre la nature et les effets de ces déséquilibres est essentiel pour agir dans le respect du climat, du biotope et, finalement, de l’Homme lui-même.

Références :
http://planet-terre.ens-lyon.fr/article/chaleur-Terre-geothermie.xml
http://www.laradioactivite.com/site/pages/ChaleurTerre.htm

(Climat & Avenir : 14 décembre 2017)

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